Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /2009 18:48
 

YU Schachter J'ai eu la chance d'assister à une séance de questions-réponses entre le Rav Hershel Schachter et des bachurei yeshivot. Le Rav Hershel Schachter est le Roch Yeshiva de la Yeshiva University (New-York). C'est également l’un des grands dirigeants spirituel de la communauté Modern-Orthodox américaine et l’un des plus célèbres élèves du Rav J.D Soloveitchik.

L'échange s'étant déroulé durant Chabbat, je n'ai malheureusement pas pu l’enregistrer : je retranscris donc les questions et les réponses de mémoire. Ne vous attachez donc pas à la formulation mais à l’idée générale de chaque question-réponse (שו"ת en hébreu).

 

 

Mont du Temple : est-il permis de monter sur le Mont du Temple?

Selon les recherches du Rav Shlomo Goren, ancien Grand Rabbin d'Israël, il semble que l'accès à certaines zones est permis (ces zones ont été délimitées par le Rav Goren dans son livre הר הבית). Néanmoins, pour une raison qui m'est étrangère, la Rabbanout (Grand Rabbinat d'Israël) continue à s'y opposer. Par conséquent, il me semble que l'accès est à éviter.

 

 

Mixité : une école juive religieuse peut-elle être mixte?

A priori, n'importe quel jeune adolescent éprouve une attirance naturelle pour les jeunes filles. J'ai moi même un Yester Hara, et j'imagine qu'il en est de même pour la plupart des jeunes hommes... C'est pour cela que les écoles doivent être séparées dès le début de l'adolescence (dès le collège).

Il est vrai que le Rav Soloveitchik, à son arrivée à Boston (dans les années 1940), créa une école mixte, l’école Maimonides. Cependant, cela était dû au manque d’élèves : il s’agissait donc d’un compromis pour permettre aux jeunes Juifs d'étudier dans un cadre religieux.

[NDLR: il faut cependant noter que cinquante ans plus tard, lorsque l'école et la communauté étaient largement développées, le Rav Soloveitchik ne chercha pas à séparer les classes alors que cela aurait pu être possible...]

 

 

Techelet : Doit-on porter le techelet sur son talit? [NDLR: le techelet est un fil azur qui doit être porté sur le talit. Néanmoins, la composition exacte de cette couleur a été perdue depuis plusieurs siècles, et l'habitude s'est répandue de n'avoir que des fils blancs sur le talit. Récemment, certains chercheurs et rabbins ont affirmé avoir retrouvé le composant disparu, ce que contestent d'autres autorités religieuses.]

A mon avis, il faut appliquer le principe de safek deoraïta lahoumra. Bien qu'il n'est pas certains qu'il s'agisse de la couleur exacte, on ne perd rien à l’ajouter, puisque nous savons que, théoriquement, les fils peuvent être de n'importe quelle couleur. Pour seulement cent dollars (NDLR : le techelet, du fait de sa rareté, a un coût très élevé), vous avez peut être la chance d'accomplir un commandement de la Torah. Par conséquent, je pense qu'il faut porter le techelet.

J'avoue ne pas comprendre la réponse du Rav Eliachiv shlit''a (qui s'oppose au port du techelet pour des raisons difficile à comprendre, cf. le Tome 1 de ses shou''t).

 

Selon quelle shita doit-on porter le Techelet? [NDLR: il existe de nombreux avis rabbiniques quant au nombre de fils azurs à porter et à la façon de les nouer]

Je pense qu'il est clair que les Ashkénazes doivent suivre l'avis de Rachi, qui recommande de porter deux fils azurs (sur quatre).

 

 

Homosexualité: quelle réaction devons-nous adopter face à un Juif homosexuel ?

L'homosexualité constitue un interdit mentionné explicitement dans la Torah. Par conséquent, cette faute est à mettre au même niveau que la profanation du Chabbat, ce qui en fait donc une transgression d’une extrême gravité. Un homme ayant une relation homosexuelle ne peut se définir comme religieux. Néanmoins, de la même façon que le peuple d’Israel ne rejette pas un Juif qui ne respecte pas le Chabbat, il ne rejettera pas non plus un juif homosexuel.

 

Comment pouvons-nous condamner un homme qui n'a pas choisi son homosexualité ?!

Si un homme éprouve certaines tendances, cela ne constitue en rien un interdit. L'interdit est l'acte homosexuel en lui-même. Si un homme se sent définitivement incapable de se marier (avec une femme...) car il n'éprouve aucune attirance pour les femmes, cela ne lui donne en aucun cas le droit d'avoir une relation sexuelle avec un homme. Si le choix s'impose, alors il doit rester célibataire.

 

 

Femmes et Torah : Quel était l'avis du Rav Soloveitchik à propos de l'étude de la Torah et de la Guemara pour les femmes?

Le Rav Soloveitchik considérait que la phrase du Talmud (Sotah 20a, citée par le Rambam et le Shulhan Aroukh) : «  המלמד את בתו תורה מלמדה תפלות » (« tout celui qui apprend la Torah à sa fille, c'est comme s'il lui enseignait la frivolité ») interdit seulement au père d'apprendre la Torah à sa fille (avis partagé par le Prisha). Cependant, si celle-ci désire étudier d'elle-même, il n'y a aucune raison de l'interdire.

Rav Soloveitchik a d'ailleurs fondé le Stern College, institut d'étude talmudique avancée pour jeunes femmes : il considérait que former des femmes érudites était (et consiste toujours) un besoin essentiel. En cela, il suivait la ligne du Hafetz Haim, qui avait ouvert l'accès à l'étude aux femmes le considérant comme un besoin générationnel.

 

 

Moussar et Emouna : Le Rav Soloveitchik recommandait-il un seder spécial d'étude du Moussar (morale) et de la Emouna (foi) ?

Non. Le Rav parlait très peu de Moussar. Lors de ses cours ouverts au public, il ramenait fréquemment les écrit de Nachmanide sur la Torah, le Kuzari de Rabbi Yehuda Halevy, le Messilat Yesharim du Ramhal (Rabbi Moshei Hayim Luzzato) et le Guide des égarés de Maimonide. Il ne mentionnait que cela. Il n'a jamais mentionné les livres du Maharal malgré l’importance de son œuvre, ni les penseurs plus modernes.

A la Yeshiva, il ne parlait quasiment que de Guemara.

 

 

Rav Kook : Le Rav avait-il un avis sur les écrits du Rav Kook ? Les mentionnait-il souvent ?

Il ne les mentionnait jamais. Il l'a rencontré personnellement une fois, mais pour ce qui est de ses écrits, il n'en parlait pas. Les gens avaient l'habitude de lui demander son avis à propos de tel ou tel livre. Un jour, quelqu'un lui demanda ce qu'il pensait des écrits du Rav Kook : il répondit qu'il n'avait aucun avis car il n'en n'avait jamais compris un mot !

 

Philosophie et Techouva: le Rav Soloveitchik était-il un philosophe?rav2.jpg

Lorsque le Rav décéda, nombreux furent les Hespedim (oraisons funèbres) qui traitaient de la philosophie du Rav. Son fils, Hayim Soloveitchik, réagit de manière explicite : « mon père n'était pas juste un philosophe, mais avant tout un Talmid Hacham! ».

Le Rav avait un doctorat en philosophie, mais dans son étude il ne la mentionnait que très rarement. C'est lorsqu'il s'adressait à un large public qu'il en parlait, car il considérait que le seul moyen de faire revenir les Juifs vers la Torah était de les stimuler intellectuellement. Il était persuadé qu'un homme qui détenait un doctorat en sciences ne pouvait faire techouva seulement en écoutant les propos mystiques des Loubavitchs. Il s'avère certes que le Rav se trompait : le mouvement Chabad s’est entretemps développé de manière intensive, tout en réussissant à propager une importante vague de techouva. Mais le Rav a joué un rôle essentiel pour une autre part de la population juive...

 

Torah, Études et monde moderne: Que doit-on étudier en priorité lorsque nous commençons les études et que le temps manque?

Il convient d'étudier en priorité la Halakha pratique afin de pouvoir respecter la Cacherout et le Chabbat. Il est triste de constater que nombreux sont les étudiants dans les yeshivot, et même les rabbins, qui ne connaissent pas la Halakha. J'ai moi même vu de nombreux cas de rabbins érudits qui commettaient des erreurs à propos de la Halakha.

 

Dans ce cas, pourquoi l'étude des Yeshivot se concentre-t-elle majoritairement autour des traités Nashim et Nezikin, qui traitent très peu des lois pratiques quotidiennes ?

Au XIXème siècle, le monde juif subissait un grave déclin. Nombreux étaient les jeunes qui cessaient d'étudier. La vision nostalgique du judaïsme européen a beau jeu, mais il faut savoir que celui-ci était en pleine chute. 99% des jeunes n'allaient pas à la yeshiva et abandonnaient tout. Même chez les étudiants en yeshiva, la plupart cessaient de pratiquer. Les propres enfants des Grands d'Israël n'étaient plus pratiquants devant leurs parents! On parle souvent des grandes figures du judaïsme européen, comme Rav Haim Brisker (grand père du Rav Soloveitchik), mais ces personnages n'étaient respectés que par un cercle très restreint d'étudiants. Le reste des juifs citadins n'avaient aucun intérêt pour l'avis des rabbins.

Pour intéresser les élèves, les rabbins décidèrent donc de centrer l'étude sur les sujets les plus stimulants intellectuellement, qui se trouvent en majorité dans Nashim et Nezikin.

 

Doit-on privilégier les études religieuses au dépend des études profanes?

Il est clair que chaque Juif à l'obligation d'étudier. Mais il est tout à fait possible d’être à la fois un médecin réputé et un grand érudit. Il n'y a pas de contradiction dans cela. Je me souviens que le cardinal de Paris, Lustiger, était venu à la Yeshiva University et avait été très surpris de voir que les jeunes gens étudiaient les matières profanes puis venaient naturellement s'asseoir et étudier la Torah. Il avait attribué ce succès à l'étude en chavruta... à mon avis, c'est simplement qu'il n'y a aucune contradiction. L'obligation d'étudier n'interdit pas d'avoir un vrai métier, bien au contraire!

Évidemment, nous avons également besoin de rabbins et professeurs qui se consacrent à plein temps à l'étude de la Torah. Mais il faut savoir, qu'un homme peut travailler et étudier. C'est là que réside toute la réussite du judaïsme orthodoxe américain. Malheureusement, en Israël, la situation est différente. Les gens ont du mal à concevoir que cela est possible... et c'est là une erreur.

 

 

Tête couverte pour les femmes : La femme du Rav Soloveitchik ne se couvrait pas la tête. Le Rav pensait-il que cela n'était pas une obligation?

Lorsque j'étais jeune, je me suis rendu chez le Rav, et je lui ai innocemment demandé quel était son avis sur la question. La Rabetzin (la femme du Rav) était présente, mais je pensais qu'elle portait une perruque! Elle le prit comme une provocation, et se mit en colère...

Mais le Rav trancha que c’était une obligation midéoraïta pour une femme de se couvrir la tête, et il revint à plusieurs reprises sur ce point…

 

 

Rav M. Feinstein, le Rabbi de Loubavitch.... Quels étaient les rapports du Rav avec les autres rabbins américains ?

Il était très proche du Rav Moché Feinstein, qui était son cousin.

Le Rav Aharon Kotler avait pour habitude de s'entretenir avec lui au téléphone chaque semaine.

Le Rabbi de Loubavitch, qu'il avait déjà connu lorsqu'il était à Berlin, l'invitait souvent à ses cérémonies. Il le respectait beaucoup et dit même publiquement de lui que « s'il existait encore des Grands en ce monde, alors le Rav Soloveitchik était le Grand des Grands ».

fen RabbiMenachemMendel1

 

Rentrer dans une église : est-il permis de rentrer dans une église?

Selon le Choulhan Aroukh, on ne rentrera dans une église que pour sauver sa vie. Et cela n'est permis que lorsqu'il ne s'agit pas de l'heure de la prière. Durant la prière, il vaut mieux se laisser tuer que d'y rentrer...

Par conséquent, il est totalement interdit de rentrer dans une église car pour nous les chrétiens sont idolâtres (à cause de leur croyance en la trinité).

 

Quand est-il des églises qui rejettent la notion de trinité (protestants...)?

La croyance en la résurrection et le retour de Jésus constitue déjà une forme d'idolâtrie.

Il y a certes une discussion pour savoir si l'idolâtrie est aussi prohibée à un non-juif qui reconnaît l'existence de Dieu. Néanmoins, cette forme d'idolâtrie est de toute façon totalement interdite aux Juifs.

[NDLR: c'est à cause de cette discussion que le Rav Herzog, ancien grand Rabbin d'Israël, a tranché que l'état d'Israël pouvait tolérer la présence d'églises.]

ll

 

Par modern orthodox - Publié dans : halakha
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /2009 19:08
 

Une femme Rabbin... et orthodoxe?!


 

Le monde juif américain, méconnu en France, est pourtant riche et complexe. A l'inverse du judaïsme francophone, qui tend de plus en plus vers une uniformisation totale, son cousin américain continue son développement et sa diversification.

On distinguait déjà depuis plusieurs décennies quatre principaux mouvements (Orthodoxe, Conservative, Réformiste, Reconstructionniste) mais plus récemment c'est le monde Orthodoxe qui a connu une expansion accompagnée d'une diversification sans précédent.

Les ultra-orthodoxes, néo-orthodoxes et modern-orthodoxes s'affirment et se développent.

 

Plus récemment encore on a assisté à la naissance d'un nouveau courant, formé par des rabbins à la base modern-orthodoxe , l'Open Orthodoxy (Orthodoxie Ouverte).

Fondé par Rabbi Avi Weiss, rabbin de l'Hebrew Institute of Riverdale et Rosh Yeshivat Choveivei Torah, ce mouvement se distingue de l'orthodoxie traditionnelle (et particulièrement de l'ultra-orthodoxie) par plusieurs points:

 

1)   le rejet de la notion de Daat Torah, qui consiste à attribuer à un rabbin une autorité suprême pour trancher les questions qui ne sont pas d'ordre halakhique (par exemple: quel partie politique voter ? Quel rabbin écouter?...).

2)   Un pluralisme affirmé.

3)   Un soutient actif au féminisme orthodoxe. Une plus grande place est accordée à la femme, autant au niveau de l'accès  l'étude qu'au niveau de son rôle dans le culte.

4)   Soutient actif à l'état d'Israël.

 

Ce mouvement se veut strictement respectueux de la tradition orthodoxe, et donc de la Halakha.

 

 Cependant, le 29 Mars 2009, le Rabbin Weiss a solennellement annoncé l'ordination de Sara Hurwitz au poste de Maharat... mais qu'est-ce donc?

 Maharat est en réalité un titre créé par Weiss spécialement pour l'occasion. C'est l'acronyme de Madricha Hilkhatite Rouhanit Toranit, guide halakhique, guide spirituelle et enseignante de Torah.

En d'autres termes... Rabbin!

 Maharat Sara Hurwitz 


 Maharat Sara Hurwitz est donc la première femme orthodoxe officiellement rabbin. Pour ce qui est de son CV, il est bien rempli. Hurwitz a étudié plusieurs années à la Midreshet Lindenbaum (Israël) puis sous les hospices de son mentor, le Rav Weiss, duquel elle a reçu sa smikha. Son ordination qui, nous dit Rabbi Weiss, est strictement la même que celle d'un homme.

 Évidemment,  Sara Hurwitz étant orthodoxe, elle ne pourra officier comme un homme puisqu'elle ne peut ni participer au minyan, ni diriger l'office et elle se doit de s'asseoir dans la section des femmes. Néanmoins, selon le Rav Weiss, une Maharat peut faire 95% des activités qu'un rabbin réalise. Il ne compte d'ailleurs pas s'arrêter là et a créé, avec sa protégée, la Yeshivat Maharat, séminaire rabbinique pour femmes orthodoxes.

 

 Il est clair qu'il s'agit la d'une petite révolution dans le monde orthodoxe. Étonnamment, aucune protestation ne s'est encore faite entendre, même par les rabbins ultra-orthodoxes, généralement prompts à dénoncer les « nouveautés » dangereuses. Malgré tout, nous sommes en droit de nous demander si cette ordination est véritablement orthodoxe?

En effet, il est clair que l'orthodoxie s'arrête lorsque sont franchis les « quatre coudées » de la Halakha...


Nombreux sont les rabbins modern-orthodox  à s'être intéressés à la question...

D'un coté, il semble que nos certains de nos maitres aient toléré le fait q'une femme puisse rendre un verdict halakhique.

On peut par exemple citer le Hida (Pitchei Techouva, H.M,  7:5) et le Sefer Hahinoukh qui ont statué qu'une « femme sage peut donner la loi ».

D'un autre coté, le Rambam (Hilkhot Melakhim 1:5) semble interdire catégoriquement à une femme le droit de diriger une communauté. Il est evident clair que toute personne se définissant comme orthodoxe (même moderne ) ne peut "fermer les yeux" et ignorer la position d'une des plus grandes figures du judaisme et de la Halkha.

   Mais au delà de la Halakha pure, il est clair que cette nouveauté vient susciter des questions qu'on pourrait qualifier de méta-halakhiques (j'emprunte le terme au Prof. Leibowitz).

Cette ouverture aux femmes permet-elle de mettre fin à une injustice qui n'a que trop duré ou risque t-elle de dégénérer et de permettre à  bon nombre de femmes de quitter le monde de la halakha?

Comment une femme rabbin officierait-elle dans nos shules orthodoxes? Combien de temps faudra t-il avant que certaines commencent à lire dans la torah, ce qui n'est également pas interdit au sens strict , mais tellement éloigné du judaïsme traditionnel.

Au lieu d'entrainer le monde orthodoxe vers une plus grande ouverture, ne risque t-on pas au contraire de séparer définitivement Modern- Orthodoxie et Ultra-Orthodoxie?

 

Tant de questions irrésolues...

Si la jeune Maharat arrive à conserver une attitude strictement orthodoxe tout en remplissant ses fonctions de Rabbin, il est clair qu'elle sera le premier maillon d'une chaîne qui promet de s'étendre. A l'inverse, si les décisions qu'elle prend s'écartent trop de « l'esprit » orthodoxe cette histoire n’aura été qu'une tentative avortée et sans avenir...

A mon humble avis, le principale problème provient du fait que la Maharat est appelée à diriger une communauté composée d'hommes et de femmes. A l'inverse des Yoetsot (conseillères religieuses), qui cherchent uniquement à ce que l'éducation des jeunes juives religieuses puisse être de haut niveau et dispensée par des femmes pour des femmes, la Maharat et le Rav Weiss souhaitent que les futures maharot (?) guident également la gente masculine. Or, il est clair qu'une écrasante partie du monde orthodoxe n'est pas encore prête à tolérer cela...



Une idée intéressante serait peut être justement d'encourager les Maharot à exercer leurs fonctions uniquement pour un publique féminin. On pourrait arriver à une situation ou des rabbins hommes s'occuperaient des hommes et des rabbins femmes s'occuperaient des femmes. Ainsi, les principaux problèmes hilkhatiques (et notamment la tzniout) seraient résolus et les femmes pourraient sentir, elles aussi, que leur place au sein du judaïsme orthodoxe n'est pas négligeable. C'est d'ailleurs un peu cette idée qui a été avancé lorsque certaines femmes voulurent créer des « mynian pour femmes », afin que celles-ci puissent prier librement et sans gêne...


Pour conclure, je me permet de donner mon avis.

Comme l'a souligné Emmanuel Bloch sur cheela.org, une Maharat, cela est certainement prématuré. Une femme rabbin, c'est peut être permis, peut être pas... mais ce qui est certains c'est qu'il ne s'agit absolument pas d'un besoin essentiel du judaisme orthodoxe!

Par contre, une génération de jeunes femmes érudites, étudiant toute la torah lichma, voilà une chose qui  est non seulement permise mais également nécessaire et urgente!

Je pense donc que c'est vers cet objectif que devrait tendre le judaisme orthodoxe avant de se pencher sur la question de l'ordination des femmes.

en tout état de cause, le débat sera passionnant...!



____________________________________________________________________________________________


Merci à Emmanuel Bloch, répondeur sur cheela.org, qui a écrit une réponse trés détaillée à ce sujet: http://www.cheela.org/popread.php?id=49893

Par modern orthodox - Publié dans : féminisme
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 22:43

 

Alors que la Suisse vient d'interdire la construction de minarets sur son territoire, le Grand Rabbin Gilles Bernheim affirme ses courageuses positions. Suivi par la réponse de son détracteur, Schlomoh Brodowicz.


La France héberge une trentaine de mosquées à minarets discrets, dont la Grande Mosquée de Paris.
          Les autorisations sont liées aux contraintes usuelles d'architecture (notamment, taille ne pouvant dépasser 14m), sans aucune spécificité d'interdits de nature religieuse. Les Suisses ont passé une loi d'interdiction architecturale explicitement basée sur des notions religieuses, ce qui serait impensable dans une démocratie digne de ce nom ! La "démocratie" (?) Suisse interdisait déjà l'abattage rituel à ses juifs et musulmans pratiquants !
          Pour le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, la décision des Suisses d'interdire les minarets inquiète en posant de manière fort inopportune la question de la place de la religion dans la société occidentale. Un sondage inquiétant confirme ses craintes : plus de 40% de français sont contre les constructions de mosquées ou minarets (Ifop).
NB : Le Conseil des Rabbins Européens a condamné  le vote suisse, au nom de la nécessité du dialogue avec les musulmans modérés.

" Toute décision qui aboutit à donner moins de droits aux fidèles d'une religion qu'aux fidèles d'une autre religion est une décision injuste. Ceci vaut en Suisse comme dans le reste du monde. Je suis contre l'interdiction de construire des minarets, qui a été votée en Suisse."

La Laïcité doit être ouverte
          Quand on affirme un tel principe, il est nécessaire d'en poser le cadre. Loin de moi l'idée d'une surenchère de revendications particulières prenant pour seul argument le fait que la religion d'en face a plus ou mieux. Mon cadre est celui de la République, de la laïcité et de la Déclaration universelle des droits de l'homme qui prévoit, dans le même article, «la liberté de pensée, de conscience et de religion».
          Chaque pays a une histoire religieuse. Vouloir balayer cet héritage serait un non-sens. En France, il y aura toujours davantage d'églises que de mosquées, synagogues et pagodes réunies.
Ce qui est problématique dans la question posée aux Suisses, c'est la discrimination qu'elle instaure en autorisant la construction de clochers et de hauts édifices par les autres religions que l'islam. Jadis il est arrivé qu'on interdise aux juifs de construire des synagogues plus hautes que l'église : c'était défendre le principe d'une religion dominante, ce n'était pas déclarer l'autre religion indésirable.
Pourquoi donc ce vote Suisse ?
          Aujourd'hui, certains s'interrogent sur la conformité de la question posée avec des engagements internationaux signés par la Suisse. Mais si la question est viciée, alors pourquoi l'avoir posée ? La démocratie est-elle si mal en point que son paroxysme - l'initiative ou référendum populaire - puisse ainsi se tourner contre elle, sans quelqu'un pour bloquer la mécanique infernale ? L'affaire des minarets suisses a commencé en 2006, l'initiative populaire a été lancée en mai 2007 et les 100 000 signatures requises ont été déposées en juillet 2008.
          Le «refus du minaret » demande à être analysé. Ce sera fait. On peut déjà envisager 4 motifs.
   1- D'abord une défense de l'identité chrétienne qui se trompe de méthode : remplir les églises serait plus utile que de réduire la visibilité des mosquées.
   2- Motif contraire, un refus du religieux : on ne craint plus l'église, bien discrète, on ne craint pas la synagogue, qui ne s'adresse qu'à son petit groupe. On craint la mosquée, réputée fervente et recruteuse. C'est le vieux «défense à D.ieu d'entrer» que Victor Hugo attribue à Caïn après le meurtre de son frère, qui avait le premier rendu un culte.
   3- Motif plus obscur, sans doute plus fort : un vieux peuple qui n'a plus guère d'enfants se voit concurrencé sur sa terre par des nouveaux venus plus féconds.
   4- La crainte, enfin, d'une violence islamique à laquelle on fournit pourtant, par ce genre d'attitudes, des armes nouvelles.

Les religions incitées à mieux communiquer
         
Certains condamnent les résultats du vote et la majorité des Suisses qui auraient mal voté. Je pense, au contraire, que l'opinion des Suisses doit être entendue même si, encore une fois, je suis en désaccord avec elle. Nous, autorités de toutes religions, mais aussi les pouvoirs publics et les journalistes avons failli à notre mission de dialogue, de lutte contre les préjugés et de construction d'un avenir commun.
          Il serait déplacé de dresser ici la liste des actions menées en France pour le dialogue. De toute façon, on ne dialogue jamais assez et on ne va jamais assez au devant de l'autre. Mais encore faut-il que l'autre ouvre sa porte et qu'il souscrive au cadre républicain. Et aussi que le curé, l'imam ou le rabbin soit le bienvenu dans les lieux de culte qui ne sont pas les siens. Soyons honnêtes et lucides, de grands progrès sont ici à accomplir.


Réagir opportunément
         
D'autres, encore, ont agité le spectre d'un retour de bâton qui pourrait venir des pays où l'islam est majoritaire ou religion d'État. Les scènes de rue et les débordements de violence qui ont suivi la publication de caricatures par un magazine danois, sont désormais ancrés dans un inconscient collectif. Si elle devenait réalité, la menace d'un retour de bâton ne ferait que renforcer les convictions des Suisses qui ont voté pour l'interdiction. Et elle aurait le même caractère injuste que le vote suisse.
          Depuis dimanche, les sondages se multiplient sur Internet, en France et dans les autres pays. Même si l'instrument est imparfait, l'approbation du vote suisse y est majoritaire. Et parmi les minoritaires qui désapprouvent le vote suisse, il en est toujours qui ajoutent dans la même phrase qu'ils ne sont pas, pour autant, favorables à la construction de minarets.


2 Urgences : Dialogue et Ouverture
         
Aujourd'hui, il nous faut agir afin que les Européens - et pas seulement les Suisses - changent d'opinion sur l'islam. Cette obligation vaut pour les responsables de toutes les religions. Elle nécessite dialogue et ouverture. Une partie de l'action est à mener ici en Europe.
          Une autre partie est du ressort des pays musulmans. Il serait illusoire d'espérer ici des résultats massifs, sans changement visible là-bas.



Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France




==============================================

Contradiction de Schlomoh Brodowicz


Un tel œcuménisme ne laisse pas de m’inquiéter. Ses arguments ?
1-    D'abord une défense de l'identité chrétienne qui se trompe de méthode : remplir les églises serait plus utile que de réduire la visibilité des mosquées.
Argument fallacieux s’il en fut. Le problème n’a jamais été la défense de l’identité chrétienne mais celui de la l’identité laïque. Lorsque les musulmans imposent leurs lois dans les piscines, les hôpitaux, les administrations et créent des ghettos dont l’accès est interdit à la police sous peine d’être attaquée avec des fusils d’assaut, ce n’est pas l’identité chrétienne qui est menacée, ce sont les « territoires de la République ».

2-    Motif contraire, un refus du religieux : on ne craint plus l'église, bien discrète, on ne craint pas la synagogue, qui ne s'adresse qu'à son petit groupe. On craint la mosquée, réputée fervente et recruteuse. C'est le vieux «défense à D.ieu d'entrer» que Victor Hugo attribue à Caïn après le meurtre de son frère, qui avait le premier rendu un culte.
La référence littéraire est élégante mais elle est hors sujet. Ce n’est nullement un refus du Religieux. (Du reste Caïn avait lui aussi rendu un culte). Il s’agit du refus de lieux de prières dont on a vu (notamment en Grande-Bretagne qu’ils étaient des ferments de violence, où s’entendaient des prêches incendiaires contre la société qui les avaient accueillis et dont on a vu jusque dans le XIXè arrondissement de Paris qu’ils pouvaient servir de lieux de recrutement de combattants pour l’Irak, et l’Afghanistan). Le GRF n’a-t-il pas vu les manifestation de Londres avec leur panneaux marqués «Be prepared for next holocaust» ou « Heil Hitler » ?
3-   Motif plus obscur, sans doute plus fort : un vieux peuple qui n'a plus guère d'enfants se voit concurrencé sur sa terre par des nouveaux venus plus féconds.
C’est vrai le regretté Pierre Chaunu défendait bec et ongles que la dénatalité était la ruine de l’occident. Est-ce une raison pour que ceux qui ont une natalité plus forte décident que leur loi a préséance sur celle des pays qui les accueillent et financent leur insertion sociale ?
4-   La crainte, enfin, d'une violence islamique à laquelle on fournit pourtant, par ce genre d'attitudes, des armes nouvelles.
Parce que la violence islamique a attendu « ce genre d’attitudes » pour faire usage des armes ? C’est peut-être au fait que l’on n’ait pas eu plus tôt « ce genre d’attitudes » que l’on doit les « territoires perdus de la république », que des ministres ont reçus des canettes en pleine poire, que des groupes de Rap « niquent la France ». Est-ce une atteinte à la chrétienté lorsque quotidiennement à l’heure de la prière, des rues entières du XVIIIè arrondissement de Paris sont interdites à la circulation jalonnées qu’elles sont de tout leurs long par des musulmans qui ont déposé leur chaussures bas le trottoir ?

 

Par modern orthodox - Publié dans : divers
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander

Présentation

Contact




morthodox.overblog@gmail.com

Un sujet vous intéresse? une question à poser? surtout n'hesitez pas! envoyez-nous un email et nous essayerons de publier un article en relation avec votre demande.

Attention: Toute personne se sentant capable d'aider le blog en écrivant un article est priée de prendre contact avec moi (par mail). Les lecteurs du blog et moi même vous serions très reconnaissants! en effet, un blog vit grâce à ses nouveaux articles et le temps me manque!

Catégories

Recherche

Visiteurs

Locations of visitors to this page


web hit counter



Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus